The Grand Slam
« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. »
— BLAISE PASCAL
Dernier jour de pêche. Nous avons accumulé assez de photos pour publier un article inoubliable qui nous assurera probablement une célébrité mondiale dans un cercle extrêmement restreint, et comptons consacrer cette ultime journée aux clichés de sauts de tarpons.
Pourtant, avant cela, nous finissons par nous laisser tenter par une proposition presque indécente de Pedro : tenter de traquer un gros snook.
Pedro nous emmène alors sans attendre dans une zone où nous n’étions encore jamais allés, plus peu profonde et d’une clarté saisissante, au milieu d’atolls paradisiaques. En route, nous observons de petites raies vagabonder autour du bateau. Mais, particulièrement stoïques, nous décidons de ne pas nous disperser et restons concentrés en effectuant des « skips » de leurres souples sous la végétation.
Soudain, un banc de snooks apparaît en train de louvoyer près de la berge. Nous leur adressons un popper et le bruit fait aussitôt sortir le plus gros poisson d’un tronc immergé, toutes nageoires dehors. Au lancer suivant, il démolit littéralement le pauvre Lucky Craft Gunfish blanc. Après un combat particulièrement stressant au milieu des obstacles, nous finissons par parvenir à le hisser à bord.
Pedro reprend alors l’initiative : « Je vais essayer de vous faire faire le Grand Chelem. » Jusqu’ici, toutes ses décisions se sont révélées judicieuses et nous décidons de lui faire entièrement confiance. Nous changeons complètement de configuration et commençons à travailler en équipe : Nicolas pêche seul afin de prendre son snook. Une trentaine de minutes plus tard, il y parvient finalement au popper.
Il est déjà 14 h. Nous avons désormais notre snook, mais il nous reste encore à capturer les autres espèces nécessaires pour espérer compléter le Grand Chelem.
Pedro file vers son meilleur spot à bonefish, d’ordinaire très productif. Mais ce qui devait être une formalité tourne au vinaigre. Impossible d'attraper le moindre bonefish, si faciles à attraper les autres jours. Pire, de petits barracudas sont présents et ont développé une passion dévorant pour nos Wiggle jigs. Nous sommes proches d’abandonner lorsque Nicolas finit par prendre un bonefish. Je l’imite quelques secondes plus tard en lançant exactement au même endroit. Ouf, nous ne perdons pas de temps et partons chercher les tarpons.
Il est maintenant 15 h 20 ; il nous faut chacun un « Silver King », poisson réputé pour ses taux de capture extrêmement faibles. Il est trop tard pour aller en forêt. Pedro nous conduit dans un chenal près du centre-ville. Au cœur d’un paysage urbain, sous les sourires bienveillants des habitants, et les aboiements des chiens, nous animons avec conviction deux petits jerkbaits.
Nous continuons de remonter les eaux noires du fleuve, les crocodiles nous observent avec ce mélange d’indifférence méprisante et d’intérêt gastronomique propre aux crocodiles tropicaux.
Une heure avant la nuit, Nicolas prend son tarpon à vue sur un long lancer. La pression retombe un peu… sur lui ; elle pèse désormais sur moi, avec la fatigue des jours précédents. J’insiste, encouragé par l’équipe. Rien ne mord. Nous revenons peu à peu vers le fleuve principal. Je ramène mon leurre, presque prêt à l’accrocher pour en rester là, quand Pedro me presse de continuer : « Tu as plus de chances de prendre un poisson si ton leurre est dans l’eau. » Je décide de m’accrocher, lance près de la bordure, anime de quelques twitches et l’improbable se produit : un minuscule tarpon, probablement le plus petit que j’aie jamais pris, tape mon jerk.
Le court combat est incroyablement stressant ; Nico y met fin brillamment en épuisant le petit tarpon. Nous pouvons enfin laisser éclater notre joie, avec quelques accolades viriles avec le guide. Nous venons de réaliser un Grand Chelem improbable. Habitué à la situation, le lodge lance la demande de certificat IGFA, signé par le guide, pour chacun de nous. Nous ne remercierons jamais assez Pedro pour la qualité de son guidage ce jour-là et ses conseils avisés en matière de technique et de matériel.
Last day of fishing. We had accumulated enough pictures to publish an unforgettable article that would probably guarantee us worldwide fame within an extremely limited circle, and we intended to devote this final day to photographing tarpon jumps.
Yet before that, we eventually gave in to one of Pedro’s almost indecent suggestions: trying to hunt down a big snook.
Without hesitation, Pedro took us to an area we had never explored before, shallower and crystal clear, among heavenly atolls. Along the way, we watched small stingrays wandering around the boat. But, remaining particularly stoic, we resisted the temptation to get distracted and stayed focused on skipping soft lures beneath the vegetation.
Suddenly, a school of snooks appeared weaving along the shoreline. We cast a popper toward them and the noise immediately brought the biggest fish out from a submerged log, all fins flared. On the very next cast, it literally demolished the poor white Lucky Craft Gunfish. After a particularly stressful fight among the obstacles, we finally managed to bring it aboard.
Pedro then took the initiative once again: “I’m going to try to get you a Grand Slam.” Up to that point, all of his decisions had proved to be the right ones, so we decided to trust him completely. We changed our entire setup and began working as a team: Nicolas fished alone in order to catch his snook. About thirty minutes later, he finally succeeded with a popper.
It was already 2 p.m. We now had our snook, but we still needed to catch the remaining species required to complete the Grand Slam.
Pedro then rushed to his best bonefish spot, usually an extremely productive area. But what should have been a mere formality quickly turned sour. Impossible to catch a single bonefish, despite how cooperative they had been on previous days. Worse still, small barracudas were roaming the flat and our stock of Wiggle Jigs was melting away before our eyes.
We were close to giving up when Nicolas finally managed to catch a bonefish. A few seconds later, I did exactly the same by casting to the very same spot. Relief. We wasted no time and immediately headed off in search of tarpon.
It was now 3:20 p.m.; we each still needed a “Silver King”, a fish notorious for its extremely low catch rates. It was already too late to head back into the jungle, so Pedro led us into a channel near downtown. In the middle of an urban landscape, benevolent smiles from the locals, barking dogs, and the sly eyes of crocodiles, we worked two small jerkbaits with conviction.
An hour before dusk, Nicolas sight-fished his tarpon with a long cast. The pressure fell on me, compounded by the fatigue of previous days. I kept pushing with the team’s encouragement, but nothing bit. We gradually returned to the main river. I was about to clip my lure to the rod when Pedro urged me to keep going: “You’re more likely to catch a fish if your lure is in the water.” I cast along the edge—twitch, twitch—and the improbable happened: a tiny tarpon, probably the smallest I’ve ever caught, took my jerkbait.
The short fight was incredibly stressful; Nico ended it brilliantly by netting the tiny tarpon. We could finally let the joy burst out with a few hugs with the guide. We had just accomplished an improbable Grand Slam. Used to this situation, the lodge started the process to obtain an IGFA certificate, signed by the guide, for each of us. We can never thank Pedro enough for the quality of his guiding that day and his wise advice on technique and tackle.
Último día de pesca. Ya habíamos acumulado suficientes fotos para publicar un artículo inolvidable que probablemente nos garantizaría una celebridad mundial dentro de un círculo extremadamente reducido, y pensábamos dedicar esta última jornada a fotografiar saltos de sábalos.
Sin embargo, antes de eso, terminamos cediendo ante una propuesta casi indecente de Pedro: intentar capturar un gran snook.
Pedro nos llevó inmediatamente a una zona en la que todavía nunca habíamos estado, más somera y de una claridad impresionante, en medio de atolones paradisíacos. Durante el trayecto observamos pequeñas rayas vagando alrededor de la embarcación. Pero, manteniéndonos particularmente estoicos, decidimos no dispersarnos y seguimos concentrados realizando “skips” con vinilos bajo la vegetación.
De repente, un banco de snooks apareció merodeando cerca de la orilla. Les lanzamos un popper y el ruido hizo salir inmediatamente al pez más grande de un tronco sumergido, con todas las aletas desplegadas. En el lance siguiente, demolió literalmente el pobre Lucky Craft Gunfish blanco. Tras un combate particularmente estresante entre los obstáculos, finalmente conseguimos subirlo a bordo.
Pedro volvió entonces a tomar la iniciativa: «Voy a intentar que consigáis el Grand Slam». Hasta ese momento, todas sus decisiones habían resultado acertadas y decidimos confiar plenamente en él. Cambiamos completamente de estrategia y empezamos a trabajar en equipo: Nicolás pescó solo para intentar capturar su snook. Unos treinta minutos más tarde, finalmente lo consiguió con un popper.
Ya eran las 14:00. Ya teníamos nuestro snook, pero todavía nos faltaban las demás especies necesarias para completar el Grand Slam.
Pedro salió disparado hacia su mejor spot de bonefish, normalmente extremadamente productivo. Pero lo que debía ser una simple formalidad se torció rápidamente. Imposible capturar un solo bonefish, pese a lo fáciles que habían sido de pescar los días anteriores. Peor aún, pequeños barracudas merodeaban por la zona y nuestro stock de Wiggle Jigs disminuía a toda velocidad.
Estábamos a punto de rendirnos cuando Nicolás finalmente consiguió capturar un bonefish. Apenas unos segundos después, yo le imité lanzando exactamente al mismo sitio. Alivio general: no perdimos ni un minuto y partimos inmediatamente en busca de los sábalos.
Ya eran las 15:20 y todavía necesitábamos capturar un “Silver King” cada uno, un pez famoso por sus tasas de captura extremadamente bajas. Era demasiado tarde para regresar a la selva, así que Pedro nos condujo a un canal cerca del centro de la ciudad. En medio de un paisaje urbano, las sonrisas benevolentes de los habitantes, los ladridos de los perros y las miradas inquietantes de los cocodrilos, animábamos con convicción dos pequeños jerkbaits.
Una hora antes del anochecer, Nicolás capturó su sábalo a la vista con un lance largo. La presión cayó entonces sobre mí, agravada además por el cansancio acumulado de los días anteriores. Seguí insistiendo, animado por el equipo, pero nada mordía. Poco a poco regresamos hacia el río principal. Estaba casi a punto de recoger el señuelo y darme por vencido cuando Pedro me insistió en continuar: «Tienes más posibilidades de capturar un pez si tu señuelo está en el agua».
Decidí insistir una vez más. Lancé cerca de la orilla, animé el señuelo con unos pequeños twitches y entonces ocurrió lo improbable: un diminuto sábalo, probablemente el más pequeño que he capturado en mi vida, atacó mi jerkbait.
El combate, corto pero increíblemente intenso, terminó brillantemente cuando Nico consiguió finalmente meter el pequeño sábalo en la sacadera. Por fin pudimos dejar estallar nuestra alegría con varias felicitaciones y abrazos junto al guía. Acabábamos de completar un Grand Slam tan improbable como memorable.
Acostumbrado a este tipo de situación, el lodge inició inmediatamente la solicitud del certificado de la IGFA, firmado por el guía, para cada uno de nosotros. Nunca podremos agradecer lo suficiente a Pedro la calidad de su guiado aquel día y sus valiosos consejos sobre técnica y material.