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Osteoglossum
bicirrhosum

« L’arawana surgit alors des eaux sombres avec la lenteur majestueuse d’un souvenir involontaire. »

— MARCEL PROUST, probablement

Longtemps j’avais rêvé de ce poisson étrange dont les récits de pêcheurs tropicaux parlaient avec ce mélange de sérieux scientifique, d’exagération manifeste et de superstition locale que l’on retrouve souvent aux abords des grands fleuves équatoriaux. L’arawana, voltigeur des eaux noires, mangeur d’oiseaux imprudents et, disait-on parfois, de chauves-souris distraites, appartenait pour moi à cette catégorie particulière d’animaux qui semblent moins relever de l’ichtyologie que d’une forme d’imagination tropicale collective.

Ce rêve finit pourtant par se réaliser au Brésil, sur le Rio Negro, alors que nous dérivions lentement dans une petite embarcation du bateau-mère à l’approche du soir. La lumière déclinait avec cette lenteur presque théâtrale propre aux grands fleuves amazoniens, tandis que les innombrable jacarés observaient notre activité avec l’attention méfiante de créatures persuadées d’avoir connu le fleuve bien avant nous.

Après des millions d’années d’évolution, le charmant petit animal semble avoir été conçu pour vivre immédiatement sous la surface, dans une contemplation perpétuelle du monde aérien. Tout, chez lui, regarde vers le haut : les yeux, la bouche osseuse, l’attitude même. Cette architecture singulière, combinée à une tendance presque hystérique au saut acrobatique lorsqu’il se sent piégé, explique pourquoi tant d’arawanas échappent aux pêcheurs au dernier moment, souvent dans un grand bruit d’écailles et d’eau noire.

En Asie, l’arawana est devenu une vedette des aquariums de luxe, ce qui paraît légèrement absurde lorsqu’on l’a observé évoluer librement dans les immensités silencieuses de l’Amazonie. On comprend rapidement que ce poisson n’a pas été conçu pour tourner éternellement derrière une vitre, mais pour patrouiller lentement sous les branches inondées, dans des kilomètres de forêt noyée. L’espèce asiatique (Scleropages formosus), distincte de celle d’Amérique du Sud, existe d’ailleurs sous plusieurs formes colorées, verte, argentée, rouge ou à queue rouge, au point qu’une étude de 2003 proposa même de subdiviser l’ensemble en plusieurs espèces différentes, probablement afin de compliquer encore un peu davantage l’existence des aquariophiles.

Arawana
Arawana
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